mercredi 18 novembre 2009

Lilly Wood and the Prick - interview


Rencontre dans un bar du 11ème arrondissement, à proximité de la place de la République, avec le duo composé de Nili et Ben, qui ont formé Lilly Wood and the Prick. Ils sortent de leur studio de répétition et n'ont pas encore mangé, il est 15h. Le bar est presque vide, sauf évidemment la table d'à côté, où deux hommes écoutent parler très haut et très fort une jeune femme qui semble travailler dans le cinéma. Elle est installée à environ 30cm des genoux de Nili.

Exercice un peu particulier et sur mesure, un blind-test assez évident pour ne pas effrayer Nili qui se trouve « nulle » à ce jeu…

Fleetwood Mac – Dreams

Nili - C'est marrant, on dirait le début d'une de nos chansons…
Ben – Fleetwood Mac ! J'ai une de leurs chansons dans mon ipod. J'aime cette basse, ce son bien rond, très seventies…
Cette voix particulière de Stevie Nicks, j'y ai vu une espèce de filiation avec celle de Nili, là aussi une voix féminine spéciale. Comment t'es-tu aperçue que tu avais ce timbre et que tu savais chanter ?
N – Pour moi, je ne sais pas chanter, je me rends compte que ce que je sors est juste, que je peux pousser un peu ma voix, mais je ne considère pas que je sais chanter. J'ai commencé en fait avec Ben. Mais je n'ai jamais pris de cours.
B – Elle avait même la trouille de chanter devant moi au début ! Elle a ce timbre éraillé mais chaud qui plaît beaucoup et qui permet beaucoup de choses, on n'est pas limités par sa voix.
N- Mais Lilly Wood and the Prick ne se limite pas non plus à ma voix !

Metric – Gimme Sympathy

N – C'est Metric ! J'adore ! Une super voix, un super songwriting. C'est un son assez 90's, c'est Mariah Carey mais en rock. C'est pas très classe, c'est un peu cheesy, la chanteuse est tellement cucul sur scène, et en même temps c'est fantastique.
On sent cette orientation pop chez vous, une ambition dans le son importante. Ca ne vous gêne pas de vous trimballer cette image un peu réductrice revival folk ?
B- Cette image folk va s'éloigner avec l'album et avec les live. On est en plein dans l'enregistrement de l'album, et nos nouveaux titres assument beaucoup plus ces influences pop.
N- Nous, notre ambition, c'est pas de faire la première partie de Devendra Banhart. De toute façon, on s'en fout, on a fait celle de Ben Kweller ! (rires)
Comment s'est passé ce concert ?
N- Super bien, il était adorable. Il nous a même offert une bouteille de whisky (rires). On crevait de trouille pendant la balance, il était dans la salle, on se demandait un peu ce qu'on foutait là.
B- Son équipe était super rodée, super matériel, on se sentait un peu miteux, mais il est super avenant, il ne nous a pas pris de haut du tout.

Santogold – L.E.S. artistes

B- (dès les premières notes) Santogold ! Enfin Santigold !
N- Haha ah non, t'es dégueulasse, t'aurais pu me le laisser celui-là !
Ce titre a beaucoup participé à vous faire connaître, d'où vient l'idée de cette reprise ?
B- A l'origine, c'est une idée de Pierre, avec qui l'on travaille. Santigold fait exactement ce qu'on aimerait bien faire, elle passe du rock au rap, à la pop…Pierre nous a suggéré de reprendre ce titre, on est parti sur un truc un peu bossa nova, et au fur et à mesure on s'est lâchés !
Santigold, c'est typiquement new-yorkais, vous vous sentez proches de ce qui se passe actuellement là-bas ?
N- Je déteste la scène folk de Brooklyn, les groupes pseudo-arty qui en sortent, ça m'énerve. Il y a autre chose dans la musique que juste le fait de paraître « cool »…
B- Après New York ce n'est pas que ça, c'est aussi Jay Z ! Empire State of Mind, ça tue ! Les Strokes, j'aimais beaucoup aussi…
N- On a des goûts assez différents, Ben et moi. C'est ce qui fait l'identité de Lilly Wood, c'est notre terrain d'entente, ce groupe nous ressemble un peu à tous les deux, mais pas complètement. Il a une vie propre.
Quelle a été votre éducation musicale ?
B- Familiale, essentiellement, ma mère écoutait du rock, genre Elvis. Mon frère écoutait lui beaucoup de blues. Tu mélanges ça avec Depeche Mode, un peu de Boney M et de Chic en fond sonore…(rires).
N- Chez nous il n'y avait que deux cassettes…Une d'entre elles était une compilation faite par ma mère, avec Lio, Etienne Daho et aussi l'actrice, là…Annie Girardot ! (rires). Attends, elle avait fait une chanson, ça faisait « wahou wahou les aaaavions » ! Je trouvais ça génial, et encore aujourd'hui ! Et quand j'allais chez ma grand-mère, j'écoutais des 45 tours d'Edith Piaf. Ca m'a pris des années avant de m'apercevoir que la musique, ça pouvait être autre chose aussi. A 11 ans, je me suis mise à écouter en cachette SkyRock, donc des merdes genre Matt Houston (rires)…
Annie Girardot meets Matt Houston, donc…
N- Attends à 15 ans, je ne connaissais pas Oasis ! Je suis toujours un peu larguée quand les gens parlent de musique, je n'ai pas grand-chose à dire, parce que je n'y connais rien. J'ai construit ensuite ma culture musicale, et aujourd'hui, je connais très bien l'actualité musicale, en revanche ce qui est un peu plus ancien…
Comment se déroule le travail de composition ?
B- Ca évolue : on travaille de plus en plus ensemble. On se met à jouer, on tâtonne, un petit coup de piano, hop, une accroche vocale…Avant, j'arrivais plus souvent avec mon petit paquet bien ficelé, ma chanson toute faite.
N- On commence à se connaître assez pour se dire « j'aime pas » quand un des deux apporte un truc. Au début, ce n'est pas évident. Aujourd'hui on est obligé de discuter, le son s'étoffe, il faut qu'on tombe d'accord pour incorporer tel ou tel élément …En plus il faut bien dire que je suis un peu chiante, je fais des fixations…Par exemple, je déteste les charleys, le tambourin m'énerve, les claps…Ils sont obligés avec Pierre d'en rajouter dans mon dos, et finalement quand j'écoute le résultat, j'aime (rires).
B- Et moi j'ai collé de la reverb partout…(rires).

Yeah Yeah Yeahs – Heads Will Roll (A-Trak remix)
(au bout d'un moment)
N- C'est pas les Yeah Yeah Yeahs? Et sans la voix en plus ! J'aime ce groupe, c'est un de mes préférés. La chanson Bang, qui vient de leur premier e.p., c'est la meilleur chanson du monde.
Ils étaient à l'affiche de Rock en Seine cette année. Vous y avez participé, dans le cadre d'Avant Scène. Ca doit être impressionnant de passer de petites salles à un festival comme celui-là.
N- On a fait le Pop In, et après Rock en Seine (rires).
B- On était super impressionnés, mais ça c'est très bien passé. Le son était énorme, tu te rends compte que tu n'es plus dans ta chambre (rires). Les mecs aux fonds entendent l'accord que tu viens de jouer un quart d'heure après (rires).
N- Et c'est une sensation extraordinaire, cette foule. On pensait qu'il n'y aurait pas grand monde, mais en fait, il y avait plus de 3 000 personnes. On était sensés jouer devant une poignée de journalistes et de mecs de l'industrie du disque…Au début, c'était génial, il y avait cette équipe de France 3 qui nous suivait, on était excités, et quand on nous a dit que c'était à nous, j'ai vu la foule, ouh lala, je ne voulais plus y aller, j'avais trop peur (rires).
B- Un rush d'adrénaline, comme un tatouage.
N- Ah j'en ai fait un nouveau, t'as vu ? (elle a fait écrire « maman » sur son avant-bras). C'est un copain qui me l'a fait, c'est un peu artisanal. Ma mère a râlé pour la forme, mais quand je lui ai dit ce que j'avais fait écrire, elle était très fière (rires).
Quelles ont été les retombées de ce festival ?
B- On a signé avec une maison de disques. On a un tourneur, un éditeur…Tout ça grâce au festival !
Les critiques suite à votre passage ont été plutôt bonnes…
N- Oui, à part celui qui a dit qu'on était un genre de Gossip pour les supermarchés (rires).
Les critiques, ça vous touche ?
B- Moins qu'au début, on se rend compte qu'il y aura toujours des gens qui n'aimeront pas, mais que ça n'empêchera pas les gens de venir nous voir. Bon, à part si comme Robbie Williams, on se retrouve avec un grand journal titrant « le plus mauvais album de tous les temps » (rires).
N- Il y a des gens qui croient en nous, qui ont investi sur nous…En fait ça me fait un peu flipper des fois (rires). Faut dire que j'ai un peu peur de tout : que ça marche, que ça ne marche pas…du deuxième album si le premier marche…On risque d'être attendus au tournant. Si ça ne fonctionne pas, j'aurais vraiment l'impression que c'est parce qu'on est nuls, on est très bien entourés…
B- Si ça marche pas, on fera du hip-hop…(rires).
N- On vit de notre musique aujourd'hui, ce qui est déjà inespéré, mais on vit d'avances, on vit de l'investissement qu'il y a sur nous. Et c'est vrai que ça me fout la trouille. Laisse-moi avoir peur ! (rires).

Lio – Housewife of the Year

B & N - ….
B - C'est Lio? Elle chante en anglais ? La production est marrante…
Vous êtes vous posé la question de la langue dans laquelle vous alliez chanter ?
B- Non, ça a été très naturel, l'anglais.
N- Moi je me sens légitime à chanter en anglais, je parle anglais. Mes parents se sont rencontrés en Israël, je suis née là-bas. J'ai toujours parlé en anglais. J'ai été une année en pensionnat en Angleterre, j'ai habité aux Etats-Unis…Je me sens plus à l'aise en anglais qu'en français. Et puis pour écrire en français et que ça sonne, il faut un énorme niveau….Je préfère ne pas tenter plutôt que de le faire mal.
B- Et ça permet de voir beaucoup loin, l'anglais te permet de jouer partout.
Ce nom de groupe à rallonge, d'où vient-il ?
B- Nili n'est pas forcément Lilly et je ne suis pas forcément le prick (enfoiré, mais aussi bite…), ça peut être l'inverse (rires). Sérieusement, il s'agit plus d'un groupe de mots qui sonne bien, et qui est cohérent avec ce que l'on veut développer. Cet aspect un peu magique, qui rappelle Alice au Pays des Merveilles, avec un côté beaucoup plus terre à terre, limite idiot.
N- Le nom, la musique, ça nous semblait cohérent, l'imagerie derrière, le côté sombre et magique, avec le mot « wood », les fées...Après tu nous parles 5 minutes, et tu fais « Ah ouais d'accord » (rires).
B- Ouais, c'est un peu comme si Rocco Siffredi s'était perdu dans un conte pour enfants (rires).

La Roux – Colourless Color
N - (tout de suite)La Roux ! C'est mon idole du moment. Que des tubes dans son album !
B- On n'est pas dans la caricature 80's comme elle, mais on aime bien ce côté gros synthé vintage…
N- Oui on en a un dans le studio. On adore, mais on n'en joue qu'avec un doigt (rires).
B- TU n'en joues qu'avec un doigt (rires). On ne compose pas avec une base de synthés, on en ajoute, c'est un élément de décor, mais on va composer avec un piano ou une guitare, pas un synthé.
J'ai lu des critiques qui vous mettaient très en avant la référence 80 's dans votre musique, et je ne vous y ai pas complètement retrouvé…
N- Je pense que c'est plus la démarche que notre son. On a une approche assez décomplexée, on ose, on ne s'arrête pas à ce qui est sensé être de bon goût. On fait ce qu'on a envie de faire et tant pis si ça ne plaît pas. On a honte de rien ! (rires).
B- C'est vrai qu'on est assez spontanés et qu'on tente de ne pas se prendre au sérieux.

Il y a un contraste avec les paroles, qui sont assez noires…
N- C'est sûr que quand Ben n'intervient pas dans l'écriture, ça peut être à se tirer une balle…(rires)
Comme quoi, votre relation est plus complexe qu'il n'y paraît, ce n'est pas juste toi la bavarde et lui le taiseux…
N- C'est sûr que quand il y a un truc important à dire, c'est lui qui s'y colle. Et que je ne suis pas forcément celle qui apporte le côté ensoleillé de notre musique !
Etiez-vous au festival des Inrocks pour voir La Roux (elle avait finalement annulé), avec Florence and the Machines, Passion Pit…?
N- J'aime bien Florence and the Machines aussi…J'aime beaucoup certains morceaux de son e.p.
Décidemment…
N- Mais oui ! Ce côté brut, avant que les producteurs ne tentent de mettre la main sur le son, je trouve ça beau. Ce côté-là, tu le perds, et des fois tu perds avec ça ce qui faisait l'originalité de ta musique. Donc notre album va être surproduit et tout pourri (rires).

Gossip – Heavy Cross (Fred Falke remix)

N- Gossip!
Les remixes, c'est devenu un peu un genre en soi. Vous avez des rêves de remix ?
N- Kanye West (rires) ! Non, sans blague, le mec est con, c'est un idiot, mais j'aime ce qu'il fait. Un remix de Kanye, ce serait super, non ? Ou Pharrell.
B- Moi ce sont plutôt des rêves de production. A choisir, je dirais Daft Punk. Ou McCartney…
N- Tu vois, je t'avais dit qu'on n'a pas du tout les mêmes références (rires). En fait on n'y connait pas grand-chose en remix, mais c'est quelque chose qui nous intéresserait à l'avenir.
Gossip, c'est encore une grosse personnalité, et une identité visuelle marquée. On sent que là aussi c'est quelque chose qui vous tient à cœur.
B- On ne peut pas tout révéler mais on est en train de travailler sur un projet un peu fou pour l'artwork de l'album, qui montre à quel point ça compte pour nous. Pour le clip aussi, on était assez fier du résultat.
N- On a la chance de bosser avec des gens qu'on aime. Pour les décors, les costumes, ce sont des amis, des gens qu'on connaît. L'aspect visuel fait partie du projet, on y travaille au moins autant qu'au reste. Il n'y a rien de plus chiant qu'un concert où les membres du groupe sont en jean et baskets. C'est un truc que je ne comprends pas, pour moi, il faut qu'il se passe quelque chose. Nous, on amène aussi des instruments improbables. Ca donne de la vie à la musique.
Le dernier morceau, c'était the XX, mais comme Nili a triché, on va passer directement aux questions (rires). Considérez-vous votre groupe comme un authentique duo, ou est-ce uniquement dû aux circonstances ?
N- Pour nous, on pense Lilly Wood and the Prick en tant que projet. On a des musiciens pour le live, on bosse sur la production de l'album avec deux autres personnes. On a déjà parlé des costumes et décors tout à l'heure…Ceux qui bossent avec nous font partie de ce projet.
B- On aime l'idée de bosser en équipe. Comme on est un peu lents, ils nous apportent des choses qu'on aurait mis des mois à réaliser tout seuls (rires).
Vous allez bientôt jouer au Point Ephémère (le lundi 14 décembre), en tête d'affiche. C'est une nouvelle étape.
N- Oui, les premières parties, on en a un peu marre. D'un côté c'est sécurisant, les gens ne viennent pas pour toi, tu as moins de pression. D'un autre côté, c'est pénible, tu n'oses pas te lâcher, de peur que le groupe d'après pense que tu cherches à lui voler la vedette. A la suite d'une première partie, j'ai lu une fois que j'étais coincée (rires)…
L'album sort bientôt, vous avez hâte ?
B- Oui, début 2010 normalement…On n'en peut plus d'attendre. On a envie de passer à la promo, d'en parler. On est pressé que les gens entendent le résultat de tout ce travail…


Lilly Wood and the Prick myspace
en concert au Point Ephemere le 14 décembre. Réservations ici

Et pour rappel, leur premier clip:

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